Textes 1



6h30 MALIN HEAD


L'aurore fait balbutier l'océan et les falaises entrouvrent leurs cuisses minérales.
Constat matinal d'une quête photographique.
Générateur de fantasmes.
Karst fendu.
Erosion acharnée.
Karst décharné.
Erosion déchargée, récurrente, implacable,
Pourléchage de falaise infernal.

Les lames de fond mordent la falaise à pleines dents, s'acharnent, tentent désespérément, puis glissent en vain, l'ayant usée encore un peu plus. Prise d'assaut quasi militaire, orchestration tantôt méthodique, tantôt chaotique, parade nuptiale impossible mais perpétuelle. Toujours infernale.
L'écume accroche la roche, l'écume s'accroche.
Le karst, anthracite, tranché à la hache résiste puis s'effondre, les lames se retirent pour laisser place à d'autres.

...Sound and Fury...non loin d'un Faulkner déserté, la démesure se lie à la violence, la force à la vitesse ainsi qu'au bruit
Que reste -t-il ?
Une nuit à plat ventre sur ces falaises, aux arêtes en lames de rasoir.
La roche vibre comme une caisse de résonnance, le bruit est palpable dans la solitude et le chaos de cette nuitée impromptue
Le bruit et la fureur assourdissante de ces lames qui ne cessent de croître en avançant dans la nuit.
L'eau tambourine, martèle s'élève et chute avec fracas.
Ballet infernal, la pluie s'installe.
Noyé dans le brouillard, les repères se font indistincts.
Sans bouger on s'égard, on est peut-être trop prêt du bord...
Deux cents mètres d'à-pic à quelques pas.
Descendre aux pieds du monstre, le toucher du bout du doigt, l'effleurer peut-être, tenter de le saisir,
L'éprouver...certainement.


SBonnot©paris05/04/2007 



CAFE / CONSIDERATIONS MATINALES


Noirceur abyssale. Tu engloutis mes brumes matinales.
Une première gorgée, brulante attise la nécessité d'une cigarette,
Stigmate d'une extraction au pied de biche.
Les façades réfléchissent la lumière aveuglante du matin.
Trop tôt pour tant de haine,
Trop tard pour retrouver les méandres chaleureux d'une nuit passée et achevée.
Considération d'un début de journée, où ce café fumant vante les bienfaits de celle qui s'annonce une fois encore comme une prise d'assaut.
Trépidante mais frustrante.
La caféine œuvre, la tachycardie me guette.
Enchainer...il le faut.
Pas de consensus possible ou si...peut-être un, l'inertie.
Non !
Grâce au ciel le café a œuvré, ma main tremble déjà ainsi que cette cigarette, arrogante et étreinte entre le majeur et l'index.
Elle fulmine, me nargue.
Se sentant obligée de me rappeler quelques réalités.
Je m'occupe de tes poumons et mon allié s'occupe de ton cœur.

Doucement mais surement.

Je brule tes bronches.
Bientôt l'artériosclérose.
Préavis pour une mort annoncée, enfin elle l'est pour tous !
Une autre journée suintante d'optimisme commence.
Le pommeau de douche rugit.
La cafetière italienne au profil de phare breton aussi.
Deuxième shot, et cigarettes supplémentaires.
Choix cornélien,

Noyade engorgée ou épouillage contraint en vue d'un bienfait hygiénique.
J'irais, je le jure, noyer mon corps sous cette cascade tuyautaire après ce dernier café salutaire...
Peut-être.


SBonnot©paris07/04/2007